05 mars 2010

Le foncier, un sujet en vogue ?

Les terres agricoles toujours plus grignotées par l'urbain

Vendredi 05.03.2010, 05:06 - PAR RAPHAËLLE REMANDE La voix du Nord

_100305_agriculture_pibOscar Verhaeghe voit ses terres menacées par les projets de développement urbain. Un cas loin d'être isolé dans la région où des hectares entiers disparaissent chaque année.

Depuis quelques années, les terres agricoles disparaissent, victimes de l'avancée des routes, des lotissements, des usines, des centres commerciaux. Lentement mais sûrement. Avec 2 000 hectares en moins en 2009, la situation est encore plus critique dans notre région.

Oscar Verhaeghe désigne un monticule de terre au beau milieu de son champ et lâche, sous forme de boutade : « Peut-être un HLM pour les taupes ? » Si même les taupes se mettent à construire du démesuré, où va-t-on ?, a-t-il l'air de dire. L'air de tourner en dérision un sujet qui, pourtant, lui semble dramatique : la disparition des terres agricoles. Lui qui cultive une centaine d'hectares à Templemars, dans le sud de la métropole lilloise, est bien placé pour le savoir. Lorsqu'il nous emmène voir ses cultures, le tableau est saisissant. Au loin, à gauche, une file ininterrompue de camions, l'A1. À droite, la ligne de TGV Paris - Lille. En face, à quelques centaines de mètres, une zone industrielle. Ses terres, encerclées, sont en partie menacées par le projet de création d'un nouvel échangeur d'autoroute.

Alors Oscar Verhaeghe s'offusque, avec son accent chti à couper au couteau, et en appelle au bon sens populaire : « La terre, c'est notre outil de travail. Et c'est indispensable à la vie ! » Lui est locataire de ses parcelles (comme la plupart des agriculteurs du secteur) et a déjà dû en sacrifier quelques-unes : « On est encore au Moyen Âge. Avant le seigneur arrivait, chassait les gueux. C'est pareil, sauf qu'ils ont changé de nom ! » Pourtant, avec la densité de la population dans la région, la ville doit bien s'agrandir, c'est inéluctable, a-t-on envie de lui répondre. Oscar Verhaeghe s'étrangle, plante sa bêche dans le sol : « C'est une honte de bétonner ça.

C'est l'une des meilleures terres de France. C'est du limon, c'est-à-dire qu'elle absorbe l'eau sans faire d'excès. Aucun caillou. Rien à voir avec la Beauce qu'on appelle pourtant un grenier ! » Dans la région, plusieurs associations, dont Terres de liens créée en 2008 (1), partagent l'inquiétude des agriculteurs. L'action de celle-ci, qui peut paraître à première vue farfelue, consiste à acheter des terres pour être sûre qu'elles ne tombent pas dans l'escarcelle de l'urbanisation. « C'est un système d'épargne, explique Julien Kieffer, l'un des coprésidents. Des particuliers peuvent placer de l'argent, ce qui sert à acheter des terres. » Dans la région, 1 650 hectares ont déjà été acquis ou sont en cours d'acquisition à Gavrelle, dans l'Artois, Ambricourt, dans les sept vallées, et Wavrin dans la métropole. Une goutte d'eau ? « L'objectif n'est pas de régler le problème mais de faire prendre conscience que la terre n'est pas qu'une ressource financière, c'est aussi un paysage, de la faune et de la flore et un support d'activité économique autre. » Bref, éveiller les consciences et médiatiser.

L'action des maires ?

Certains agriculteurs vont plus loin et incriminent l'action des maires qui ont en effet intérêt à faire construire (pour la taxe d'habitation et le développement de leurs communes) et préfèrent pour cela les terres agricoles (moins chères et avec moins de problèmes techniques). Jean-Marie Allain, urbaniste et président de l'association des maires ruraux du Nord, renvoie la balle : « Les communes se retrouvent dans un paradoxe : elles doivent afficher des ambitions démographiques sans faire de l'étalement urbain. » Sans compter que le problème est plus complexe qu'il y paraît : « Il y a une conjonction de facteurs. Certains agriculteurs changent aussi de discours. Lorsqu'ils approchent de la retraite, ils ont intérêt à vendre certaines parcelles en zone constructible. Ils ont des petites retraites, c'est humain. Mais comme dans les petites communes c'est très fréquent qu'il y ait au moins un agriculteur dans le conseil municipal, ils sont juges et parties. » Les solutions ? « Créer des logements ou des zones commerciales en hauteur. Il existe aussi des initiatives intéressantes comme à Rome, la création d'une ceinture verte, ce qui permet aussi un cadre de vie », évoque Julien Kieffer. Pour Jean-Marie Allain, il faut investir les friches et utiliser certains outils juridiques comme la taxation des terrains non bâtis (2). Un panel de pistes pour résorber un mouvement irréversible. Et Oscar Verhaeghe tempête encore : « La terre, on ne sait pas en faire ! Et quand on la démolit, c'est fini ... »

Posté par ja62 à 18:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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